d’Alexandre Genestar
ISBN : 9782384623945
Hello Editions

Résumé
Jeanne, une Américaine d’une trentaine d’années, végète dans son appartement new-yorkais après avoir claqué la porte de son boulot. Un coup de téléphone d’un notaire de la Côte d’Azur va tout changer : sa mère vient de mourir dans un accident de voiture, et elle hérite d’une maison dans un lotissement fermé de l’Estérel, le Domaine du Mont Roux.
Jeanne débarque en Provence comme on saute dans le vide, sans filet, sans plan, avec juste une valise et vingt ans d’absence derrière elle. Elle n’a pratiquement aucun souvenir de cette mère qu’elle a perdue de vue à l’âge de neuf ans.
Mais au Domaine, quelque chose cloche. Les voisins se méfient les uns des autres, les terrasses de pétanque sont désertes en plein mois d’août, et depuis quelques semaines, des feuillets jaune glissés dans les boîtes aux lettres la nuit révèlent les secrets les plus sombres de chaque habitant. Un corbeau sème la peur. Et bientôt, ce ne sont plus seulement des mots : les cadavres commencent à s’accumuler.
Jeanne, qui espérait juste un nouveau départ tranquille au soleil, se retrouve malgré elle au cœur d’une enquête qui va finir par tout remettre en cause, y compris sa propre histoire.
Mon avis
J’ai bien aimé ce roman. Vraiment. Je l’ai lu d’une traite ou presque, et c’est le signe que la mayonnaise a pris dès les premières pages.
Ce qui m’a frappée d’emblée, c’est la fluidité de l’écriture. Alexandre Genestar a une plume légère, vive, avec une petite touche d’humour qui allège très bien les passages plus tendus. On ne se prend jamais un pavé dans la figure, les chapitres sont courts, le rythme est bien dosé. C’est du travail propre, maîtrisé, pour un premier roman, et c’est franchement impressionnant.
Je me suis attachée très vite à Jeanne. Elle n’est pas parfaite, elle a ses doutes, ses maladresses, ses élans impulsifs. Elle est humaine, tout simplement. Et c’est exactement ce qu’il faut pour qu’on ait envie de la suivre jusqu’au bout.
Ce que j’ai aimé
Le cadre, d’abord. La Provence, l’Estérel, les pins parasols, les maisons aux volets colorés, la piscine du lotissement, la Gargote qui fait office de bar-restaurant-épicerie. On s’y croirait.
J’ai aussi adoré les personnages secondaires. Sylvie, la patronne de la Gargote, est chaleureuse, directe, un peu mère poule. Clotilde, la belle blonde un peu cabotine. Sergio, l’Italien romantique et cuisinier hors pair. Même Clémentine, le chat roux , a une vraie présence dans le roman.
Le duo Jeanne et Anthony m’a beaucoup touchée aussi. La romance qui se tisse entre eux est traitée avec beaucoup de délicatesse. Pas envahissante, pas niaise. Elle existe en filigrane et ça fait du bien.
Et puis l’enquête en elle-même. L’auteur réussit à installer une tension progressive, à distiller les indices sans jamais trop en dire, à faire en sorte qu’on soupçonne tout le monde tour à tour. Le thème des lettres anonymes dans un lotissement fermé, c’est finement trouvé : un huis clos en plein air, en quelque sorte.
Analyse
Derrière le polar de voisinage se cache quelque chose de plus profond. « Domaine » parle de secrets de famille, de mères absentes et de pères toxiques, de ce qu’on ne dit pas et de ce qui finit toujours par remonter à la surface.
La révélation sur la mère de Jeanne, qui était cette femme, pourquoi elle avait disparu, ce qu’elle faisait en secret, est l’un des fils les plus émouvants du roman. On comprend que Jeanne n’est pas juste venue hériter d’une maison : elle est venue comprendre d’où elle vient.
L’auteur aborde aussi, avec une vraie sensibilité, des sujets comme les violences conjugales, le traumatisme, la vengeance, sans jamais tomber dans le didactisme ni le mélodrame. Il traite tout ça avec sobriété, presque pudeur, ce qui rend les révélations encore plus fortes.
Le personnage du corbeau est particulièrement bien construit. Cette figure de juge autoproclamé, mue par une douleur réelle mais qui a basculé dans la folie, est à la fois effrayante et, dans une certaine mesure, compréhensible. C’est là où le roman gagne en épaisseur : le mal n’est pas caricatural.
« Domaine » mêle mystère, humour, histoires de voisinage et secrets de famille, et c’est exactement ce qu’il promet. Mais il y a, en plus, une vraie histoire d’émancipation : celle d’une femme qui arrive en Provence sans boussole et en repart, enfin, en sachant qui elle est.
En bref
C’est un polar solaire et accessible. Une héroïne attachante, imparfaite et courageuse. Une Provence croquée avec amour et vérité. Une plume fluide, rythmée, avec de l’humour et de la tendresse. Un premier roman bluffant de maîtrise.
Si vous cherchez un roman qui se lit avec plaisir, qui vous transporte dans le Sud, qui vous tient en haleine sans vous épuiser, « Domaine » est fait pour vous.

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