Par Dominika Pust
ISBN : 9782386951220

Résumé
Prune est celle qui tient les fils de cette histoire. C’est elle qui plonge dans le passé pour nous ramener à la surface deux destins longtemps restés dans l’ombre, celui de Minh Tâm et de Mong Ngòc, mère et fille, toutes deux originaires du Tonkin, au début du XXe siècle.
Au fil des pages, on les accompagne depuis le Vietnam jusqu’aux banlieues parisiennes. Un chemin semé d’épreuves, de déracinements, de silences pesants. Car c’est souvent dans ce qui n’est pas dit que se nichent les plus grandes douleurs. Ce que Dominika Pust réussit avec beaucoup de justesse, c’est à montrer comment les traumatismes liés à la colonisation ne disparaissent pas avec le temps, ils se transmettent, ils s’incrustent dans les familles, ils continuent d’agir sur les gens bien après que l’histoire officielle a tourné la page.
Et dans tout ça, il y a ces deux femmes, dont les voix ont failli se perdre à jamais. Dominika Pust leur redonne une place, une existence, une parole. Ce n’est pas rien.
Mon avis
Je vais pas y aller par quatre chemins : ce livre, j’ai vraiment accroché. Dès les premières pages, j’ai senti que j’étais entre de bonnes mains. Dominika Pust écrit avec une douceur et une précision qui font du bien, elle ne cherche pas à épater, elle cherche à toucher. Et ça marche.
Ce qui m’a frappée, c’est la sincérité qui se dégage de chaque page. On sent que l’auteure croit profondément à ce qu’elle raconte, qu’elle a mis quelque chose de vrai là-dedans. Ce n’est pas un roman qui cherche à briller, c’est un roman qui cherche à témoigner. Et cette intention-là, je la respecte énormément.
Maintenant, je vous dois toute la vérité : j’ai eu quelques moments où j’ai décroché un peu. Pas longtemps, mais ça m’est arrivé. Certaines parties sont plus denses, moins fluides, et si vous êtes plutôt du genre à vouloir du rythme et de l’action, il faudra parfois vous armer d’un peu de patience.
Mais voilà, même avec ces petits bémols, je ne regrette vraiment pas une seule minute passée avec ce livre. C’est le genre de lecture qui vous demande de vous impliquer vraiment, émotionnellement. Et en contrepartie, elle vous donne beaucoup. Beaucoup d’émotions, beaucoup de réflexions, beaucoup d’humanité.
Ce que j’ai aimé
Ce qui m’a le plus marquée, c’est que Dominika Pust ne fait pas de la pédagogie. Elle ne nous assène pas des faits historiques, elle nous fait ressentir. Et c’est tellement plus efficace. On comprend, presque physiquement, comment les séquelles du colonialisme peuvent continuer à vivre dans une famille, comment elles se glissent dans les regards, dans les non-dits, dans la façon dont on élève ses enfants. C’est quelque chose qu’on ne voit pas souvent traité de cette manière, et j’ai trouvé ça vraiment précieux.
J’ai aussi beaucoup aimé le voyage que ce roman propose, pas seulement géographique, même si passer du Vietnam à la banlieue parisienne donne au récit une ampleur folle. C’est aussi un voyage intérieur, une exploration de ce que ça veut dire d’être tiraillée entre deux cultures, deux langues, deux façons d’exister.
Et Minh Tâm et Mong Ngòc! Ces deux femmes m’ont retournée. Leur force tranquille, leur façon de tenir debout sans jamais trahir ce qu’elles sont, j’y ai trouvé quelque chose d’universel qui m’a parlé bien au-delà du cadre historique du roman.
Mon ressenti
Il y a une chose que Dominika Pust réussit vraiment bien : elle part d’une histoire intime, celle d’une famille, et sans qu’on s’en rende vraiment compte, elle nous emmène beaucoup plus loin. On se retrouve à réfléchir à des questions bien plus grandes, l’appartenance, l’identité, ce qu’on porte en soi quand on vient de nulle part et de partout à la fois.
Sarcelles, dans le titre, ce n’est pas un hasard. Cette banlieue représente quelque chose de très concret : l’idée que poser ses valises quelque part ne veut pas dire qu’on est arrivé. L’exil, dans ce roman, ne s’arrête pas à la frontière. Il continue, il mute, il prend d’autres formes. Et ça, c’est une vérité que beaucoup de gens connaissent, mais qu’on raconte peu.
Ce que j’ai trouvé beau, c’est que malgré tout, la guerre, le déracinement, la quête de soi, le roman reste avant tout une histoire d’êtres humains. Pas un traité politique, pas un manifeste. Juste des gens qui essaient de vivre, de comprendre d’où ils viennent, et de trouver leur place. Et c’est peut-être pour ça qu’on s’y reconnaît, même quand rien dans notre propre vie ne ressemble à ce qu’ils traversent.
En bref
Je ne vais pas vous dire que c’est une lecture tranquille du dimanche soir, ce serait vous mentir. C’est un roman qui demande, qui bouscule, qui pose des questions. Mais c’est exactement pour ça qu’il mérite d’être lu.
Longtemps après avoir refermé ce livre, les images restent. Les visages de ces femmes restent. Et quelque part, c’est tout ce qu’on peut demander à un roman, nous faire porter en nous quelque chose qu’on n’avait pas avant de l’ouvrir.

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