Couverture du livre La Vilaine d'Oradour

Couverture du livre La Vilaine d'Oradour

 

Par Monique Belivier

Nous sommes au printemps 1962. Monique à six ans. Elle vit dans le bourg d’Oradour-sur-Glane, celui qu’on a reconstruit après la guerre. Mais dans sa propre famille, sa place n’est pas claire. Elle dérange. On la met à l’écart, on la surnomme « la Vilaine », et elle est la seule de la fratrie à être envoyée dans un pensionnat austère, à huit kilomètres de la maison. Huit kilomètres, c’est peu, et c’est énorme quand on vous exile. Pourquoi ce rejet ? Pourquoi cet enfant-là ? Elle ne le sait pas encore, mais elle grandit dans l’ombre de juin 1944. Son père fait partie des rares rescapés du massacre qui a rayé le village de la carte. Le livre raconte cet héritage sans mode d’emploi : les silences qui pèsent à table, le traumatisme que ce père transmet sans le vouloir, et l’incompréhension d’une enfance qu’on lui a prise. Pour tenir debout, Monique se réfugie dans ses rêves et dans son humour. C’est un témoignage autobiographique sur ce qu’on hérite malgré soi, sur le poids des mots qu’on ne dit pas, et sur le chemin, long, vers le pardon.

Mon avis

Ce récit m’a bouleversée. On pouvait craindre un livre de plus sur Oradour-sur-Glane. Ce n’est pas ça du tout. C’est l’histoire de l’après, de ce qui vient une fois que les caméras sont parties. Comment se construit-on quand on naît dans le silence d’un drame national, entre des parents ravagés par le deuil ? La grande force du livre, c’est le regard de cette gamine de six ans. On souffre avec elle, le rejet, la froideur de la mère, la solitude injuste du pensionnat. C’est révoltant, et pourtant l’autrice n’écrit jamais avec haine. Derrière son « nez de clown », la petite garde une force étonnante, une façon de rire et de s’échapper qui touche droit au cœur. L’écriture est simple, sincère, pudique. On finit par comprendre le lien entre les blessures invisibles du père rescapé et le sort qu’on réserve à cet enfant. Le témoignage pose une question qui reste longtemps après la dernière page, qu’est-ce qu’un traumatisme transmis d’une génération à l’autre, et que faire des choses qu’on a toujours tues ? C’est une lecture forte, lumineuse malgré la douleur, qui se termine sur une note de liberté et de pardon. Une belle leçon d’humanité.

Ce qui m’a marqué

Le point de vue de l’enfant, avec sa naïveté touchante qui rend l’injustice et la solitude encore plus frappantes.

L’observation sur la façon dont les guerres et les drames continuent d’abîmer les générations suivantes.

Le poids des non-dits, une démonstration troublante de ce que le silence familial peut faire à la construction d’un enfant.

La capacité d’émerveillement et d’humour qui sauve la fillette du désespoir.

Le chemin vers le pardon. C’est un récit qui dépasse la rancœur pour offrir une belle leçon de reconstruction.

Mon bilan

La Vilaine, née d’Oradour est un témoignage d’une sensibilité rare, déchirant et réparateur à la fois. Monique Bélivier a rencontré des mots courageux sur une enfance volée, et elle montre qu’on peut se relever des pires silences. C’est brut, nécessaire, bouleversant. Un coup de cœur. Magnifique!

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