De Jean-Baptiste Barreau
Frédéric Daoust, dit « Mouillette » , est un jeune homme trentenaire en fauteuil électrique, atteint d’une maladie neuromusculaire depuis l’enfance. Il occupe un poste à la mairie de Saint-Pourçain-sur-Sioule, où son travail se résume surtout à redessiner des parcelles cadastrales déjà numérisées ailleurs. Sa présence est avant tout là pour satisfaire un quota légal, l’inclusion affichée en vitrine, mais peu prise en compte au quotidien.
Quand les contraintes administratives et financières se font plus pressantes, son équilibre vacille. Une idée, puis une autre, et le voici lancé dans une aventure qui le mène bien loin : de l’Allier à la Bretagne, en passant par un institut de vacances adaptées où une énigme se cache, et des rencontres aussi truculentes qu’improbables. Ciro, Jean-Paul, Corinne, autant de personnages hauts en couleur qui croisent sa route. L’intrigue joue des codes du polar, de la satire sociale et du roman d’aventure, pour former un récit qui prend toujours la tangente, comme une diagonale que rien ne peut retenir.
Mon avis
J’ai ouvert ce livre avec beaucoup de curiosité, et surtout une belle envie de découvrir une histoire portée par un personnage principal dont le quotidien est encore trop rarement représenté dans la littérature. Frédéric est un jeune homme lucide, drôle, observateur, bienloin des clichés que l’on voit trop souvent. Ce que j’ai aimé d’abord, c’est la manière dont son handicap est décrit, c’est-à-dire simplement, précisément sans en faire un héros exemplaire. C’est quelqu’un comme les autres, avec ses faiblesses, ses ruses, ses passions, ses déconvenues. On sent que l’auteur connaît ce sujet de l’intérieur, et cela apporte une sincérité très touchante.
La plume est bien agréable, fluide, toute pleine d’humour et de références qui donnent beaucoup de chaleur au récit. J’ai souri souvent devant la façon dont il dépeint l’absurdité de certaines situations administratives, ou l’inclusion réduite à un simple chiffre. C’est un regard juste, acerbe sans être méchant, qui fait du bien à lire.
Et pourtant, même si j’ai aimé tout cela, je n’ai pas réussi à m’immerger complètement dans l’histoire. J’ai trouvé que les événements s’enchaînent parfois de manière un peu rapide, avec des situations qui se suivent sans toujours que je voie le lien qui les unit.
Il y a beaucoup de belles choses dans ces pages, une vraie voix, un héros qui mérite d’être connu, des instants de justesse très beaux. J’ai simplement eu le sentiment que tout cela méritait peut-être un peu plus de liant, de temps, pour que l’on suive Frédéric jusqu’au bout sans perdre le fil. Je lirai la suite avec curiosité, car je suis convaincue que l’auteur a beaucoup à dire et que son univers ne demande qu’à s’épanouir.
Ce que j’en retiens
Voir un personnage en situation de handicap être le héros d’une aventure, et non pas seulement un sujet de compassion, est une excellente chose, et cela devrait exister bien plus souvent.
L’inclusion ne se décrète pas sur un papier mais elle se vit dans les actes, et trop souvent elle n’est qu’un affichage.
Frédéric n’est pas un saint ni une victime, mais quelqu’un qui ruse, qui s’adapte, qui rêve, qui se trompe, comme tout le monde. Et c’est précisément pour cela qu’on s’attache à lui.
L’humour est une formidable façon de regarder le monde, de dénoncer ses travers sans tomber dans la lourdeur.
Une histoire a besoin de respirer, de laisser le temps au lecteur de suivre le fil, de s’attacher aux pas du personnage.
Quand on a une voix aussi singulière que celle-ci, il faut le temps de la faire grandir, et je pense que l’auteur en a tout le potentiel.
Analyse de style et d’écriture
L’écriture de Jean-Baptiste Barreau est vive, chaleureuse et pleine de personnalité. Il manie l’humour avec une belle facilité, glisse des références qui lui ressemblent comme les jeux vidéo, chansons, souvenirs,et crée un narrateur proche, comme quelqu’un qui vous raconte une histoire de vive voix. Le ton est juste quand il décrit le quotidien de Frédéric, c’est-à-dire qu’il est précis, sans fard, sans exagération, ce qui donne une grande authenticité au récit.
Là où j’ai trouvé quelques petites difficultés, c’est dans la construction de l’intrigue. Les scènes s’enchaînent à un rythme très soutenu, parfois si rapide que l’on n’a pas toujours le temps de comprendre comment on est passé d’une situation à l’autre. Certains personnages apparaissent et disparaissent très vite, et j’aurais aimé que certains liens se tissent plus lentement, pour que l’on s’attache aussi à eux. Le mélange des genres, polar, aventure, satire , est très intéressant, mais il demande peut-être encore un peu plus de liant pour que tout cela forme un seul et même chemin que l’on peut suivre sans se perdre.
Cela dit, la plume est belle, et c’est ce qui compte le plus. On sent derrière ces pages quelqu’un qui a quelque chose à dire, et qui sait le dire avec sincérité. C’est un début prometteur, qui ne demande qu’à s’affirmer.
En bref
« La Diagonale du clou » est une lecture qui porte un sujet important et un héros attachant, trop peu présent dans les livres. L’écriture est agréable, l’humour présent, et le regard porté sur le monde est juste et sincère. J’aurais simplement aimé que le fil de l’histoire soit un peu plus continu, pour que je puisse accompagner Frédéric jusqu’au bout sans jamais m’éloigner. C’est un premier tome qui ouvre une voie belle et originale, et je suis curieuse de voir où elle mènera par la suite.








Laisser un commentaire