Justine Nathalie Marzack
Éditions Double Ponctuation
ISBN : 9782490855926

Résumé
« Il fallait que tous les jours j’aille sur le rivage pour voir la mer, constater sa pâleur laiteuse, ses mouvements lents, lourds, déchirés. J’avais grandi dans une partie de la France où la mer ne venait pas, je ne m’en rappelais l’existence que par intermittence. »
Ce récit nous emmène sur les traces de quatre femmes : Valentine, Deborah, Morag et Islay. Leurs parcours nous mènent de la station balnéaire de Margate en Angleterre, jusqu’aux îles Hébrides en Écosse, en passant par Key West, en Floride, ces îles reliées entre elles comme des vies que rien ne devrait séparer, et pourtant. Toutes différentes par leur origine, leur caractère, leurs histoires, elles se croisent, se frôlent, se cherchent, s’attachent ou s’affrontent, mais toujours avec cette distance ténue, cette réserve : jamais aucune ne parvient à pénétrer vraiment l’intimité de l’autre, à saisir tout ce qui se cache au fond de soi. Leurs liens se nouent, se dénouent, se tendent ou se distendent, telles des marées qui s’approchent et s’éloignent sans jamais se fondre tout à fait dans le rivage.
Sur fond de paysages marins où l’eau est à la fois présence, mémoire et miroir, Justine Nathalie Marzack explore ce qui nous relie et ce qui nous sépare. Elle nous parle d’aimer : accepter l’autre tel qu’il est, savoir qu’une part de lui nous restera toujours inaccessible, et comprendre que « l’on ne connaît que des bribes de l’autre, et que l’autre ne connaîtra jamais que des bribes de nous ». La mer, elle, est partout : mélancolique, puissante, libératrice. Elle évoque aussi le mythe de la selkie, cette femme-phoque à qui l’on a volé sa peau, et qui ne retrouve sa liberté qu’en la reprenant, une métaphore magnifique de l’émancipation et du retour à soi.
Mon avis
Dès les premières lignes, on est devantune écriture délicate, subtile, sensorielle, où chaque mot est pesé, chaque phrase déposée comme une vague sur le sable. Ce n’est pas un roman à rebondissements, ce n’est pas une histoire haletante, mais plutôt une atmosphère, une respiration, une invitation à ralentir, à regarder, à ressentir. J’ai aimé cette façon de raconter où ce qui n’est pas dit a autant de force que ce qui est écrit, où les silences, les gestes minuscules, les paysages prennent une place immense.
J’ai suivi ces quatre femmes, Valentine, Deborah, Morag et Islay, sans jamais vraiment les voir se rejoindre complètement. Cette vérité de nos vies, ces trajectoires qui se croisent sans jamais se confondre, ce qui aurait pu être et qui reste en suspens. Chacune porte ses blessures, ses désirs, ses manques ; chacune est un paysage intérieur complexe, et l’autrice respecte ce mystère, cette part d’insaisissable qui fait de chaque être un être unique.
Ce qui m’a particulièrement marquée, c’est la place de la mer. Elle n’est pas juste un décor : elle est l’âme du livre, le symbole de tout ce qui change, de tout ce qui dure, de ce qui sépare et de ce qui relie. Elle porte la mélancolie, la peine, mais aussi la liberté. J’ai aimé la manière dont est abordée la relation à l’autre : aimer, ce n’est pas posséder, ce n’est pas tout savoir, c’est accepter la distance, l’écart, ce « fossé infranchissable » qui fait aussi la beauté et la fragilité des liens.
On ne ressort pas bouleversé au point d’en être chaviré, mais on garde une impression étrange, persistante, comme une trace laissée par le flux et le reflux, une gravité douce, une émotion discrète. C’est une œuvre sensible, juste, qui invite à réfléchir à ce que c’est qu’aimer, être soi, rencontrer l’autre.
Ce que j’ai aimé
L’écriture poétique, épurée, évocatrice. Elle fait sentir l’air marin, le goût du sel, la lumière changeante sur l’eau, une vraie immersion sensorielle.
Les quatre portraits nuancés. Aucune n’est parfaite, aucune n’est toute noire. Chacune est complexe, ambigüe, et c’est ce qui les rend si vraies, si proches de nous.
La mer bien-sûr, omniprésente, multiple, tour à tour douce ou violente, elle dit tout ce que les personnages ne peuvent pas exprimer. Le mythe de la selkie ajoute une dimension forte sur la liberté et l’identité.
Le thème de la distance et de la rencontre. L’autrice dit avec beaucoup de justesse que l’on est toujours seul au fond, que l’amour n’efface pas les écarts, mais qu’il est justement fait de cette acceptation.
L’atmosphère, calme, mélancolique, mais aussi lumineuse. Il y a dans ce texte une forme de gravité douce, une lenteur qui permet de s’arrêter sur l’essentiel.
Enfin, la réflexion sur soi et les autres, ce que l’on donne, ce que l’on cache, ce que l’on espère, ce que l’on perd.
Ce que ça nous apprend
Que la beauté est aussi dans ce qui échappe, dans ce que l’on ne peut pas nommer ni saisir. Que rencontrer quelqu’un, ce n’est pas le prendre, c’est le laisser être. Que la liberté, c’est d’abord se retrouver soi-même. Et que la vie, comme la mer, est faite de marées : de départs, de retours, d’élans et de pertes, de ce qui monte et de ce qui descend.
Un grand merci aux Éditions Double Ponctuation pour cette très belle découverte.

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