Version 2026

Toute ta vie, tu prépares de grands moments

De Philippe Sebbagh

ISBN : 9798244610000

400 pages

Résumé

Ce roman propose une succession de scènes et de dialogues autour de différents personnages, évoluant dans des situations du quotidien : rencontres, dîners, relations amoureuses, échanges professionnels.

À travers ces interactions, l’auteur explore les relations humaines, les non-dits, la séduction, les jeux de pouvoir et les dynamiques de groupe, dans un style très dialogué, entre comédie romantique décalée et satire sociale.

Mon avis

Dès les premières pages, le roman impose une voix très marquée :

« Je serai bref. J’y veillerai personnellement. »

Une écriture vive, rapide, presque nerveuse. Les dialogues dominent, les répliques s’enchaînent, souvent percutantes, parfois drôles, parfois volontairement provocatrices.

On sent une vraie ambition stylistique. L’auteur joue avec la langue, les références, les effets, et propose une écriture qui sort clairement des codes traditionnels.

Mais cette écriture, très présente, finit aussi par créer une distance.

Les personnages parlent beaucoup, et bien, mais presque trop bien. Chaque phrase semble pensée pour marquer, pour faire effet. Il n’y a que très peu de banalité, très peu de respiration, et cela rend les échanges parfois artificiels.

Les personnages eux-mêmes finissent par se confondre : même ton, même humour, même manière de s’exprimer.

Même dans les scènes qui pourraient être fortes, notamment celles liées à la séduction ou à l’intimité, l’émotion peine à émerger. Le style prend le dessus, l’ironie désamorce, et le lecteur reste à distance.

C’est d’autant plus frustrant que les thèmes abordés sont intéressants : le désir, les non-dits, la place dans le regard des autres. Il y a du fond, mais il manque, selon moi, d’incarnation.

Ce que j’ai aimé

J’ai apprécié l’écriture audacieuse de l’auteur, qui affirme une vraie identité et une volonté claire de se démarquer. Les dialogues, très présents, apportent du rythme au récit et offrent par moments des échanges réellement drôles et percutants. J’ai également été sensible à cette envie de casser les codes narratifs traditionnels, ainsi qu’aux thématiques abordées, à la fois contemporaines et universelles, autour des relations humaines. C’est un texte qui, quoi qu’on en pense, ne laisse pas indifférent.

Ce que j’ai moins aimé

En revanche, j’ai été freinée par des dialogues parfois trop écrits, qui manquent de naturel et donnent une impression d’artificialité. Les personnages peinent à se distinguer les uns des autres, partageant souvent le même ton et la même voix. Cette écriture très présente rend aussi l’immersion difficile, et je n’ai pas réussi à vraiment m’attacher. Enfin, l’émotion, bien que présente en filigrane, est souvent étouffée par le style, et certains passages, plus excessifs, renforcent cette distance.

Conclusion

« On me confond souvent avec une jeune carotte » est un roman original, audacieux, qui assume pleinement son style et sa singularité.

Mais cette écriture très marquée, très maîtrisée, peut aussi devenir un frein à l’immersion. Là où certains lecteurs apprécieront l’ironie et la vivacité des dialogues, d’autres, comme moi, pourront rester à distance, faute d’émotion et d’incarnation.

Une lecture intéressante, mais qui ne m’a pas totalement convaincue.

(Service de presse non rémunéré) – Merci à l’auteur pour sa confiance

3 réponses à « On me confond souvent avec une jeune carotte »

  1. Avatar de Les paravers de Millina

    oui, les dialogues trop écrits, et trop artificiels c’est clairement quelques choses qui peut me bloquer.

    Aimé par 1 personne

  2. Avatar de Philippe Sebbagh

    Merci infiniment pour ce retour de lecture fin, instructif, qui alimente ma réflexion autour de l’écriture, des équilibres à trouver, même si l’objectif initial n’a jamais été de séduire l’ensemble des lectrices, mais d’en bouleverser quelques-unes, par le rire, l’émotion, un nouveau regard porté sur certaines situations personnelles ou sociétales.

    Je n’ai pas le sentiment que leurs voix se confondent autant, mais les profs coloc’s sont dans une gigantesque partie de ping-pong verbal depuis vingt-deux ans, la classe de 3e : oui, ils parlent la même langue. Je ne peux pas vous donner tort, j’ai introduit des différences, ou des nuances, peut-être pas suffisamment perceptibles ; comme lecteur, que des ami(e)s fusionnels s’expriment sur des tonalités proches me convient ; je revoyais des épisodes de Friends hier soir, Saison 8 : le semi-débile Joe parle exactement de la même manière que Ross, Rachel, …, seul Chandler par son humour omniprésent signe une différence. Phoebe, elle, est plus folle que jamais, mais son langage ne se distingue pas vraiment ; certes, la diction, les intonations, jouent ce rôle.

    Encore merci à vous, pour moi la déception est vive (que vous ayez été tenue à distance de l’émotion reste un gros échec), mais je m’expose à des critiques de cette texture, je ne tombe pas de l’arbre.

    Je sortais de deux critiques fabuleuses, assorties de notes Babelio et Amazon (5 et 4 étoiles, le 4 étant passionnant, plus que touchant), plus une chronique très positive qui posait aussi des bémols, je suis heureux d’être lu, bénéficier d’avis sincères est un cadeau merveilleux, inestimable, d’autant plus si aucun proche ne vous lit, ne vous permet ces échanges qui fondent le sens-même de mon activité d’auteur.

    Je vous souhaite de belles lectures, une excellente journée,

    Philippe Sebbagh

    Aimé par 1 personne

    1. Avatar de Ghislaine Devaux

      Merci beaucoup pour votre message, il me touche sincèrement.
      Merci aussi pour la manière dont vous accueillez mon retour, avec autant de recul et de sincérité.
      Je tiens à vous dire que ma chronique n’est en aucun cas un jugement négatif de votre travail.
      Au contraire, j’ai bien ressenti la singularité de votre écriture, votre exigence, et la volonté de proposer quelque chose de différent et d’audacieux.
      C’est d’ailleurs ce qui rend votre texte intéressant et qui m’a donné matière à réflexion.
      Mon ressenti reste celui d’une lectrice, avec ma sensibilité propre, cela explique sans doute la distance que j’ai pu ressentir, mais cela n’enlève rien à la qualité de votre démarche ni au travail qu’il y a derrière.
      Mon avis reste celui d’une lectrice, avec sa sensibilité propre, à un instant donné, et cela n’enlève rien au travail, à la réflexion et à l’engagement que l’on ressent dans votre écriture. Au contraire, si votre texte a nourri ma réflexion, c’est bien qu’il porte quelque chose de fort.
      Votre objectif de toucher, de faire réagir, de faire réfléchir est déjà une belle réussite, et le fait que d’autres lecteurs aient été profondément marqués en est la preuve.
      Merci encore pour cet échange sincère, c’est exactement ce qui donne du sens à mon travail de chroniqueuse.
      Je vous souhaite une très belle continuation, et encore beaucoup de belles rencontres avec vos lecteurs.

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