Par Brigitte Lurton

Résumé
Saviez-vous quederrière le célèbre conte de Barbe-Bleue se cachait une histoire bien plus sombre que celle que nous connaissons ?
Dans ce roman, Brigitte Lurton s’intéresse à Gilles de Rais, personnage historique du XVe siècle qui a inspiré le célèbre Barbe-Bleue de Charles Perrault. À travers une autobiographie romancée, l’autrice revient sur son parcours et sur les atrocités dont il a été accusé et condamné.
Le récit donne d’abord la parole à Gilles de Rais avant de faire entendre celles de plusieurs femmes qui ont croisé sa route. Entre violence, domination, emprise et condition féminine, le roman nous plonge dans une époque où la brutalité faisait malheureusement partie du quotidien.
Mon avis
Ce livre propose une démarche littéraire aussi audacieuse que courageuse.Faire parler l’indicible, donner une voix à celui que l’on réduit d’ordinaire à un monstre. L’idée est particulièrement intéressante. Tenter de comprendre sans justifier, expliquer sans excuser, remonter aux origines de la violence pour mieux en déceler les mécanismes.
J’ai trouvé le projet très pertinent et la réflexion profonde sur ce qui pousse un être à détruire celles qui lui sont confiées. L’autrice pose les questions essentielles, l’éducation ? la haine maternelle ? un complexe d’infériorité qui se transforme en cruauté ? Il n’y a pas de réponse unique, et c’est bien là la force du livre. Il suggère plutôt que d’affirmer.
Cependant, je dois avouer que je n’ai pas vraiment accroché à cette lecture. Et c’est précisément parce que le sujet est lourd, intense, et que la narration adopte la voix froide, détachée, sans émotion de l’assassin. Cette distance volontaire, cette absence de remords, cette platitude dans l’horreur m’a rendu la lecture difficile à suivre et à apprécier. Ce n’est pas un défaut d’écriture, ni un manque de l’autrice, c’est simplement que ce ton, juste et fidèle au personnage, crée une forme de froideur avec laquelle j’ai eu du mal à entrer en résonance.
La seconde partie, qui donne voix aux épouses, apporte bien sûr un équilibre nécessaire et éclaire l’histoire d’un autre regard. Mais là encore, le rythme et la construction m’ont parfois laissée à l’écart. Cela ne tient pas à la qualité de l’œuvre, qui est indéniable, mais plutôt à une affinité de lecture qui ne s’est pas créée, entre ce style et moi.
Ce qu’il faut en retenir
Même si je n’ai pas réussi à entrer complètement dans l’histoire, je reconnais au roman plusieurs qualités.
J’ai notamment apprécié le travail autour de la figure historique de Gilles de Rais et la manière dont l’autrice s’éloigne du simple conte pour nous ramener à une réalité beaucoup plus sombre.
J’ai aussi trouvé intéressant le changement de voix au cours du récit. Après avoir été confrontée au point de vue de Gilles de Rais, entendre celui des femmes permet de remettre les victimes au centre et donne une autre dimension au roman.
La question de l’emprise et des violences faites aux femmes résonne d’ailleurs particulièrement avec notre époque. Même si plusieurs siècles nous séparent de ces événements, certains mécanismes de domination restent malheureusement très actuels.
Un ton volontairement froid et détaché, qui sert le propos mais crée une certaine distance.
En bref
Un ouvrage ambitieux et profond, qui ose prêter voix au plus mythique des criminels. L’idée est brillante et la réflexion, riche et pertinente. Pour ma part, je n’ai pas réussi à entrer pleinement dans cette lecture, non pas à cause de l’œuvre elle-même, mais parce que le ton froid et la distance narrative, parfaitement justifiés au regard du sujet, n’ont pas résonné avec moi. Cela reste une belle découverte littéraire et une démarche que je respecte profondément.

Un mot à partager ?