De Karine Vidal-Baklouti
ISBN : 9782489075021
142 pages
Editions A Part
(Service de presse – Merci à l’auteure, ainsi qu’aux Editions A Part)

Résumé
Ce livre ne raconte pas une histoire au sens classique. Il avance par fragments, par dates, par souvenirs qui surgissent sans prévenir.
On entre dans une enfance marquée par le silence, le déni familial, l’absence d’écoute. Une enfance où il faut se faire petite, ne pas déranger, apprendre à se taire avant même d’apprendre à parler.
Au fil des pages, l’autrice revient sur son parcours : les blessures, les répétitions dans les relations, la prise de conscience, puis peu à peu une forme de reconstruction.
Ce n’est pas un récit linéaire, c’est une mémoire qui revient en morceaux. Et c’est justement ça, le cœur du livre.
Mon avis
Au début, j’ai été un peu déstabilisée. Il n’y a pas de continuité, pas de narration classique. Et puis j’ai compris que c’était voulu. Que cette forme, un peu éclatée, c’est exactement ce que vit la mémoire quand elle est abîmée.
Et à partir de là, j’ai complètement adhéré.
Je n’ai pas eu l’impression de “lire une histoire”, mais plutôt d’entrer dans une tête, dans une respiration. Par moments, ça m’a serré la gorge. Pas parce que c’est spectaculaire, au contraire, parce que c’est retenu, presque froid.
C’est un texte qui ne cherche pas à séduire. Il est là pour dire, pour restituer. Et je trouve ça très fort.
Du coup, j’ai aimé la forme fragmentaire qui au début est déroutante, mais finalement hyper juste. L’écriture est très courte, très précise, presque coupante.
Le travail sur le silence, comme quoi ce qu’on ne dit pas est aussi important que ce qui est écrit.
Enfin la sincérité : rien n’est enjolivé, rien n’est exagéré non plus.
Le silence est vraiment le cœur du livre.
J’ai été frappée par cette idée : dans certaines familles, le silence est une langue. On ne parle pas, on minimise, on détourne. Et l’enfant apprend à disparaître pour survivre.
Le livre montre plusieurs formes de silence, celui qui protège, celui qui punit, et surtout celui qui rend complice.
Les lieux ne sont jamais neutres.
Tout est marqué par le manque ou la contrainte : des espaces fermés, froids, figés. Même les moments censés être joyeux (une balançoire, une sortie) sont enfermés, comme empêchés.
On comprend comment une enfant apprend à s’effacer, s’auto-contenir, et à anticiper en permanence.
L’hypervigilance devient une manière de vivre.
Et surtout, il y a cette idée de répétition : on reproduit ce qu’on a connu, même quand ça fait mal, parce que c’est la seule forme d’amour qu’on connaît.
Le rythme du texte m’a vraiment marquée.
Les phrases sont courtes, presque comme des coups. Ça ne développe pas, ça affirme.
Et la chronologie est complètement éclatée. On passe d’une année à une autre sans prévenir. Mais en fait, c’est logique : ce n’est pas le temps réel, c’est le temps de la mémoire.
Certains mots deviennent presque des phrases à eux seuls. Et ça suffit.
Finalement
C’est un texte court, mais dense. Pas forcément facile, pas forcément “agréable” au sens classique.
Mais c’est un livre juste. Un livre qui trouve la bonne forme pour dire quelque chose de difficile.
Ce n’est pas un livre à lire, mais à ressentir.

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