De William Shakespeare

Derrière les balcons fleuris et les vers sublimes, « Roméo et Juliette » cache une autopsie sociale brutale. William Shakespeare n’y célèbre pas l’amour : il en montre le prix quand une société préfère le spectaculaire au durable.

Bonjour à toutes et à tous.
Aujourd’hui, on débranche les violons, on range les pétales de roses séchées et on enfile les gants en latex.

On va pratiquer une autopsie.

Le corps du délit ? Le mythe de « Roméo et Juliette ». On nous le vend depuis 1597 comme l’Everest du romantisme. Mais si on arrêtait de regarder les balcons pour enfin regarder les faits ? Voici ma lecture de ce que William Shakespeare nous a réellement laissé sur la table d’examen.

Le dossier : Quatre jours de chaos

Si cette histoire était un post sur les réseaux sociaux, elle serait accompagnée du hashtag #ItWasAToxicWeek.

En quelques jours, on passe d’une fête mondaine à un double suicide dans un caveau. Pas de dîners aux chandelles, pas de projets d’avenir, juste une accélération cardiaque qui finit en arrêt respiratoire. Ce n’est pas une construction amoureuse, c’est une combustion spontanée.
Radical, quand même.

Cause officielle du décès : Amour romantique non régulé

Dans le prologue, William Shakespeare parle d’« étoiles contraires ».
C’est poétique.
C’est faux.

Les étoiles n’ont rien fait.
Ce qui tue Roméo et Juliette, ce sont : la glorification de l’excès, l’absence totale de médiation adulte, et l’idée profondément dangereuse que mourir ensemble vaut mieux que vivre séparément.

Ce n’est pas une fatalité cosmique.
C’est un choix culturel.

Élément aggravant : la romantisation de la mort

Dès leur première rencontre, Roméo et Juliette parlent comme des gens qui ont déjà un pied dans la tombe.
Le vocabulaire est là : nuit, tombeau, poison, fin, éternité.

Dans une enquête moderne, ce langage serait un signal d’alerte psychologique immédiat.
Ici, on l’a transformé en poésie.

Le problème n’est pas qu’ils meurent.
Le problème, c’est que le texte nous apprend à trouver ça beau.

Ce que Shakespeare dénonce (et que nous refusons souvent de voir)

Ce texte n’est pas un chant d’amour.
C’est une critique violente d’une société qui pousse sa jeunesse vers le spectaculaire parce qu’elle ne sait pas lui offrir le durable.

Les familles ne changent pas par compassion.
Elles changent parce que le prix payé est devenu indécent.

Deux cadavres pour acheter la paix.

Mise en garde finale (lecture contemporaine)

Si « Roméo et Juliette » sortaient aujourd’hui :

On parlerait de relation fusionnelle, d’isolement affectif, de comportements à risque, et de négligence parentale grave.

Mais comme c’est écrit en vers, on appelle ça du romantisme.

Certains diront que cet amour fulgurant est justement ce qui le rend sublime.
Mais le sublime n’est pas toujours désirable, et encore moins éducatif.

Roméo : l’addict au shoot émotionnel

Soyons honnêtes : Roméo est un amoureux de l’amour. La veille, il se morfondait pour une certaine Rosaline. Le lendemain, Juliette est le centre de son univers.

Le diagnostic est simple : il ne cherche pas une partenaire, il cherche une dose d’absolu.
Pour lui, le désir n’est pas un sentiment, c’est une drogue dure.

Les adultes : une faillite collective

Regardez bien le décor :
un Prince qui menace, des parents qui imposent, un moine qui joue aux apprentis chimistes, et une nourrice qui lâche l’affaire au pire moment.

Le constat est sans appel :
Les deux adolescents ne sont pas « maudits par les étoiles », ils sont victimes d’un système incapable de leur offrir autre chose que des murs ou des poignards.

Le verdict : Juliette, la seule vraie rebelle

On fait souvent de Juliette une figure passive, une enfant éplorée.
C’est une erreur monumentale.

Dans ce duo, c’est elle qui porte les décisions lourdes de conséquences.

Roméo réagit aux événements, souvent mal.
Juliette, elle, prend des décisions politiques.

Refuser un mariage arrangé dans la Vérone du XVIᵉ siècle, ce n’est pas être fleur bleue, c’est être une dissidente.
Juliette préfère le néant à l’effacement social de son identité.

Sa mort n’est pas un sacrifice romantique.
C’est son ultime acte de résistance.

Pourquoi ce mythe survit-il encore ?

Pourquoi continue-t-on de soupirer devant ce carnage ?
Parce que nous avons une fascination morbide pour l’absolu.

On aime l’idée d’un amour si pur qu’il ne peut pas survivre à la médiocrité du quotidien.
On préfère un cadavre magnifique à un vieux couple qui discute du prix du loyer.

Note à l’attention des amoureux :
Shakespeare ne nous a pas écrit un manuel de séduction.
Il nous a laissé un panneau de signalisation : Danger.

Conclusion

« Roméo et Juliette » n’est pas une histoire à imiter.
C’est une histoire à comprendre.

Ce n’est pas une célébration de l’amour.
C’est une mise en garde contre l’idée qu’aimer doit faire mal pour être vrai.

À lire pour la plume de l’expert.
À admirer comme on admire un orage dévastateur.

À retenir : l’amour comme seule issue est toujours une impasse.

Le 14 février prochain, offrez des fleurs, pas du poison.
C’est moins littéraire, mais nettement plus efficace pour atteindre le 15 février.

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