De Philip Gray

ISBN : 9782383992158
478 pages

Résumé

Le roman s’ouvre en février 1952 : un incendie ravage un entrepôt lié au monde de l’imprimerie. Dans les décombres, on retrouve le corps d’un veilleur de nuit, enfermé à l’intérieur. Le commandant Salvator De Smet, enquêteur méticuleux “à l’ancienne”, flaire immédiatement que quelque chose ne colle pas. Il refuse la thèse de l’accident et s’enferme dans une obsession : comprendre ce qui s’est réellement passé, quitte à y laisser des années.

Le récit se déplace ensuite à Gand, quelques années plus tard. On y suit l’ascension d’Adélaïs De Wolf, une jeune femme marquée par les séquelles de la polio mais animée d’une volonté de fer. Entre un père horloger qui sombre peu à peu dans l’alcool, et une mère se réfugie dans la religion, son seul allié est son oncle Cornelis, , personnage à part, tendre et mystérieux, qui lui offre un vélo adapté et lui donne le goût de la liberté.

À la mort de cet oncle, Adélaïs hérite d’une maison délabrée dans le quartier du Patershol, et d’une porte blindée fermée par neuf serrures.

Pourquoi tant de précautions ? En ouvrant ce lieu, Adélaïs découvre une imprimerie clandestine de faux billets. Avec son amie Saskia, loyale, parfois ambiguë, et bien plus déterminante qu’on ne l’imagine, elle fait un choix dangereux : reprendre l’activité, dans l’espoir de sortir de la misère, de s’élever, de réaliser ses rêves.

Pendant ce temps, De Smet, infatigable, remonte la piste des billets et du réseau. Un jeu du chat et de la souris s’installe, mais ce roman ne se limite pas au suspense : c’est aussi une histoire d’émancipation, de morale, de secrets de famille et de lignes qu’on franchit, parfois sans retour.

Mon avis

Ce que j’ai adoré, d’abord, c’est le décor. Philip Gray ne se contente pas de placer l’action en Belgique : il la fait vivre. Gand en particulier est décrite de façon très sensorielle : les rues pavées, les ruelles, les quais, les brumes, l’atmosphère intacte du Patershol.

Ensuite, il y a la construction : l’alternance des temporalités (1952 / 1957, puis l’évolution sur plusieurs années) fonctionne très bien. Les révélations se superposent, s’éclairent, se renforcent. L’enquête est là, mais le roman est surtout le récit d’un destin : celui d’Adélaïs. Et c’est ce qui le rend singulier. On est à la fois dans un polar d’ambiance, un roman d’apprentissage, une chronique sociale, et par moments un thriller psychologique.

Enfin, j’ai été touchée par la dimension morale du livre : la loi, l’éthique, la survie sociale, le désir de justice.

Tout n’est pas noir ou blanc, et c’est précisément ce qui rend la lecture prenante. On se surprend à prendre fait et cause pour Adélaïs alors même qu’elle glisse vers l’illégalité, parce que l’auteur a réussi à la rendre humaine, lumineuse, terriblement attachante.

Ce que j’ai aimé

Adélaïs, c’est le cœur du roman. Loin des clichés, son handicap est traité comme un moteur de résilience plutôt que comme un objet de pitié. Sa transformation de jeune fille pauvre en faussaire déterminée est le véritable cœur battant du livre.

Le duo Adélaïs vs De Smet . Ce face-à-face (souvent à distance) est passionnant : elle, idéaliste puis ambitieuse, oscillant entre rectitude et transgression, lui, patient, obsessionnel, incorruptible, “tactile” dans sa manière d’enquêter, prêt à attendre des années pour faire sauter chaque verrou.


La partie “imprimerie clandestine” est un régal : encres, plaques, papier, procédés. On sent l’odeur des solvants, on visualise l’atelier, on comprend la mécanique. C’est très cinématographique.

Et puis, les personnages secondaires bien-sûr, Saskia, Sebastian , l’oncle Cornelis. Ils enrichissent énormément le roman.

Ce que l’on peut moins aimé

Forcément, tout ne peut pas être parfait. Personnellement, cela ne m’a pas déranger.

Mais selon les lecteurs, on va peut-être trouver un démarrage lent. Mais c’est volontaire , on met un certain temps à atteindre la fameuse “maison aux neuf serrures”. Pour certains, cette mise en place est savoureuse et nécessaire ; pour d’autres, la mise en place est longue avant d’arriver au cœur du mystère de la maison, ce qui pourrait déconcerter les amateurs de thrillers nerveux.

On trouve un mélange de genres qui peut dérouter : polar, drame familial, romance, thriller psychologique.

En bref

Un polar d’atmosphère riche et romanesque, porté par une héroïne inoubliable, dans une Belgique d’après-guerre superbement incarnée.
Ce n’est pas un thriller “coup de poing” ultra rapide : c’est un roman qui prend son temps, installe ses ombres, fait monter la tension, et interroge la morale autant que l’enquête.

Je vous le recommande si vous aimez : les ambiances feutrées et brumeuses, les personnages très travaillés, les secrets de famille, les romans où l’émotion et la psychologie comptent autant que le mystère.

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