De Agnès Gronchi
EAN : 9798296261571
448 pages
Merci Ashlinn Gartland, fille de l’auteure Agnes Gronchi, pour sa confiance
(Service Presse)

Il y a des livres qui arrivent dans nos mains avec une histoire déjà chargée d’émotion.
Les larmes silencieuses des Anges appartient à cette catégorie rare : un roman écrit par Agnès Gronchi et publié après sa disparition, grâce sa volonté, et celle de ses enfants de faire vivre ce manuscrit qu’elle n’avait jamais osé proposer de son vivant.
Mais qu’on se le dise tout de suite : ce livre n’est pas un simple objet d’hommage. C’est un vrai roman, fort, maîtrisé, profondément humain.
Résumé
Par un beau jour de juin, une petite fille de vingt-et-un mois disparaît, dans l’arrière-pays varois, en Provence verte. Quelques mois plus tard, son corps est découvert dans la vaste forêt de chênes de la région, près du bourg de Pujarols.
Le lieutenant de gendarmerie Alex Keller, exerçant son métier à Pujarols, qui doit enquêter sur le meurtre de l’enfant, pense qu’il mènera cette difficile enquête de manière conventionnelle.
L’arrivée de l’énigmatique Wakanda Stevenson, une jeune franco-américaine, va bouleverser ses certitudes. Âgée de vingt-et-un ans, Wakanda Stevenson est déjà curieusement agent spécial et profiler du FBI. Grâce à un accord entre cette agence fédérale américaine et les plus hautes autorités françaises, elle a obtenu l’autorisation exceptionnelle de participer à cette enquête avec Alex.
Elle connaît aussi très bien la région, et est atteinte d’une étrange phobie. Mais les méthodes de Wakanda pour mener cette enquête déconcertent rapidement Alex.
Leurs dissensions éclatent en même temps qu’un violent orage, alors qu’ils se trouvent seuls dans un lieu isolé, et que le meurtrier de l’enfant sévit à nouveau, en enlevant une autre petite fille, tout en semant la mort sur son passage.
Wakanda et Alex parviendront-ils à se rapprocher, malgré leurs désaccords, et à tout tenter pour sauver cette enfant ?
Mon avis
Son style est fluide, sensible, sans effets inutiles, mais toujours juste. Elle ne cherche pas à impressionner : elle touche, tout simplement.
Ce qui m’a frappée, c’est cette capacité à parler de l’horreur sans jamais tomber dans le voyeurisme. Le roman prend son temps, s’attarde sur l’humain, sur les conséquences invisibles d’un drame : la culpabilité, le doute, la peur, mais aussi les élans de solidarité et les silences qui pèsent plus lourd que les mots.
J’ai été saisie par la justesse du ton.
Le roman prend le temps de disséquer les conséquences d’un drame sur le long terme, s’attarde sur les émotions, les regards fuyants, les gestes qui en disent plus que les mots. On sent que chaque phrase a été pesée, chaque silence écrit avec le cœur, la culpabilité qui ronge, la solidarité qui s’organise, et ces fameuses « larmes silencieuses » qui coulent à l’intérieur.
La culpabilité, la peur, mais aussi les élans de solidarité et ces moments de grâce qui surgissent dans l’adversité : tout est rendu avec une grande sensibilité.
Alex Keller, le lieutenant en charge de l’enquête, est un personnage profondément humain, loin des clichés du flic héroïque. Il doute, il souffre, il avance à tâtons, et c’est précisément cette vulnérabilité qui le rend attachant.
L’arrivée de Wakanda apporte au roman une intensité supplémentaire. Elle n’est pas qu’un “profil atypique” : elle est une véritable énigme humaine, fragile, troublante, parfois déconcertante. Son duo avec Alex Keller, tout en tensions et incompréhensions, devient le moteur émotionnel du récit.
Le contraste entre ces deux personnages est l’une des grandes forces du livre :
Alex, ancré dans sa méthode et ses blessures, face à Wakanda, intuitive, mystérieuse, presque dérangeante. Leur relation évolue dans l’urgence, la peur, l’orage extérieur reflétant parfaitement la tempête intérieure qui les traverse.
Grâce à Wakanda, l’enquête prend une dimension plus psychologique, presque spirituelle, qui rend ce roman profondément singulier.
Ce que j’ai aimé
Ce n’est pas seulement une enquête, c’est une immersion dans une communauté bouleversée.
J’ai aimé ce personnage d’Alex Keller, loin du cliché du flic infaillible : il doute, il souffre, il avance à tâtons.
Le titre, magnifique, qui prend tout son sens au fil des pages.
Le rythme, parfaitement dosé : On tourne les pages avec une certaine urgence (le fameux « page-turner »), mais l’auteure sait aussi nous imposer des temps de pause nécessaires pour laisser infuser l’émotion.
On sent que ce livre a été écrit avec le cœur, sans calcul.
J’ai aimé l’humanité d’Alex Keller : Enfin un enquêteur qui nous ressemble ! Loin des super-flics torturés ou infaillibles, Keller est un homme qui doute, qui tâtonne, et dont la sensibilité devient sa meilleure arme.
J’ai particulièrement aimé le personnage de Wakanda Stevenson, véritable pivot du roman. Mystérieuse, déroutante, parfois presque insaisissable, elle apporte une profondeur psychologique rare au récit. Son regard différent sur l’enquête, ses intuitions troublantes et sa fragilité dissimulée sous une carapace professionnelle rendent chaque scène plus intense.
Le duo qu’elle forme avec Alex Keller est l’un des grands atouts du livre : deux visions du monde qui s’opposent, se heurtent, puis se frôlent dans l’urgence et la douleur. Leur relation, tendue et imparfaite, donne une dimension presque intime à l’enquête et transforme le polar en véritable roman d’âme.
Wakanda n’est pas seulement une enquêtrice hors norme : elle est une blessure vivante, un mystère à elle seule.
Un hommage mérité
Savoir que ce roman est publié à titre posthume ajoute une dimension particulière à la lecture. On a parfois l’impression de lire une voix qu’on a failli ne jamais entendre. Grâce à ses enfants, Agnès Gronchi continue de toucher des lecteurs, et c’est un cadeau précieux.
Mais au-delà de l’émotion, il y a l’évidence : Les larmes silencieuses des Anges est un texte qui mériterait aujourd’hui de trouver une véritable maison d’édition, afin de toucher un public plus large et de s’inscrire durablement dans le paysage littéraire.
On sent à travers ce livre , et à travers la démarche de sa fille, un désir profond : celui de faire vivre cette œuvre, de lui donner la place qu’elle mérite. Je partage ce souhait sans réserve.
Un livre que je recommande sincèrement, pour l’histoire, pour l’émotion, et pour la femme qui se cache derrière ces mots.

Un mot à partager ?