De Didier Daeninckx
EAN : 9782070120079
176 pages

Résumé
Camarades de classe plonge le lecteur dans une correspondance électronique inattendue entre Dominique, et les anciens camarades de lycée de son mari François, un cadre pharmaceutique en pleine crise professionnelle. Tout commence quand François reçoit un message d’un ancien ami d’Aubervilliers, retrouvé grâce au site camarades-de-classe.com. Dominique, intriguée et touchée par cette résurgence du passé, répond à sa place, sans en informer son mari.
Ce qui devait être une simple curiosité se transforme en une plongée vertigineuse dans les mémoires contradictoires d’une génération.
Entre le chanteur de charme, le stalinien irréductible, l’universitaire exilé et le détective privé, leurs visions d’un passé commun s’affrontent. Mais, au-delà de ces trajectoires inégales, la vieille photo de classe en noir et blanc cache une énigme plus profonde.
À travers ces échanges, Dominique découvre non seulement les trajectoires brisées ou triomphantes de ces hommes et femmes, mais aussi les non-dits, les trahisons et les rêves perdus d’une époque.
Les versions du passé s’entrechoquent, nourries par Mai 68 et la culture communiste de la banlieue rouge. Au centre, une énigme tapie dans la vieille photo, qui donne au roman sa tension souterraine.
Un roman sur la mémoire, les illusions de la jeunesse et les silences qui hantent une vie.
Mon avis
Je viens de refermer Camarades de classe de Didier Daeninckx, et pour être honnête, je reste avec un sentiment assez dubitatif.
Le roman excelle à montrer la fracture sociale qui s’est creusée au fil des décennies. Les idéaux communistes de leur jeunesse ont cédé la place aux réalités du capitalisme (le licenciement menaçant de François), offrant un regard amer sur les promesses trahies d’une génération.
L’ambiance d’époque : Didier Daeninckx, restitue avec une précision incroyable l’atmosphère de la banlieue rouge des années 60 et 70. On sent la nostalgie et l’engagement politique qui imprégnaient la vie de ces adolescents.
L’ouvrage explore le thème du temps qui passe, les souvenirs contradictoires, et la manière dont une simple photo peut réveiller une histoire que l’on pensait enfouie. C’est un livre qui résonne particulièrement pour ceux qui, comme ses personnages, ont connu l’ascenseur social et s’interrogent sur le prix de leur réussite.
Le cœur du livre repose sur ces échanges épistolaires 2.0, et c’est là que le bât blesse. Cette forme permet une belle chronique de la France des années 60 et 70, la banlieue rouge d’Aubervilliers et ses idéologies. On voit défiler des trajectoires de vie fascinantes : l’escroc, la mère au foyer, le stalinien; un véritable album de portraits.
Mais, et c’est mon principal reproche, ces e-mails sont devenus longs et finalement sans grand intérêt à mes yeux. Ils sonnent souvent faux, comme des mini-biographies rédigées et non comme des échanges spontanés. Au lieu de faire avancer l’histoire, j’ai eu l’impression qu’ils servaient plus à remplir les pages qu’à tisser une intrigue prenante. J’étais en attente du moment où l’histoire du couple, Dominique et François allait décoller, mais leur quotidien m’a semblé la partie la plus faible et la moins développée.
Daeninckx, en maître de l’énigme sociale, installe pourtant un double suspense autour de cette photo de classe. Qui est le mystérieux expéditeur ? Que cache cette enfance passée dans l’ombre du Parti ?
Malheureusement, je dois avouer que pour moi, le mystère n’a pas tenu la route très longtemps. Disons qu’à un peu plus de la moitié du livre, j’ai compris la chute de l’histoire. L’indice était là, trop évident, et dès lors, la lecture est devenue une longue course vers une révélation que j’avais déjà anticipée. Quand elle est finalement arrivée, elle n’a fait que confirmer mes soupçons, sans le moindre coup de théâtre ni la puissance d’un Daeninckx au sommet de son art.
Alors, est-ce un mauvais livre ? Non. C’est une chronique sociale humaine et très documentée sur la désillusion d’une génération. Si l’on cherche un document sur l’évolution de la société française à travers le prisme de la nostalgie, c’est réussi.
Mais si, comme moi, on attend un roman porté par un suspense haletant et une construction narrative efficace, on risque de rester sur sa faim.
Alors, est-ce un mauvais livre ? Absolument pas. C’est une chronique sociale humaine et très documentée sur la désillusion d’une génération. Si l’on cherche un document sur l’évolution de la société française à travers le prisme de la nostalgie, c’est réussi.
Finalement, même si le suspense n’était pas au rendez-vous , Camarades de classe a réussi le pari de nous rappeler à quel point nos origines et nos engagements de jeunesse façonnent, inéluctablement, les adultes que nous devenons.
C’est une œuvre qui, par sa richesse thématique et son engagement, mérite d’être lue. Une belle invitation à rouvrir nos propres albums de classe pour comprendre un peu mieux notre présent.

Un mot à partager ?